L’aromathérapie gagne progressivement sa place dans les parcours de soins des patients et consultants, au sein d’une médecine intégrative en plein essor. Cette discipline évolue rapidement, portée par les dernières études, les retours d’expérience et les échanges entre professionnels à l’échelle nationale et internationale.
Dans ce contexte en mouvement, harmoniser les pratiques, sécuriser l’utilisation des huiles essentielles en établissement de soins et maintenir ses connaissances à jour devient indispensable pour les praticiens.
Dans cet article, je vous propose de revenir sur les 6 réflexes à garder en tête pour faire évoluer votre pratique professionnelle, tout en respectant le confort des patients-consultants et votre besoin de renforcer votre légitimité sur cette thématique.
- Réflexe 1 : Se tenir informé des dernières études et recherches en aromathérapie
- Reflexe 2 : Relier l’aromathérapie clinique et l’aromathérapie psycho-émotionnelle pour personnaliser vos conseils
- Réflexe 3 : Accepter de ne pas tout savoir et remettre en cause ses certitudes
- Réflexe 4 : Pratiquer l’aromathérapie de manière vivante
- Réflexe 5 : Choisir les meilleures huiles essentielles
- Réflexe 6 : Adopter les éco-gestes dans l’utilisation des huiles essentielles
Réflexe 1 : Se tenir informé des dernières études et recherches en aromathérapie
De l’aromathérapie médicale à l’aromathérapie clinique : la place des huiles essentielles a évolué
Depuis les premiers livres d’aromathérapie dans les années 80 jusqu’à leur présence banalisée dans les grandes surfaces, l’utilisation des huiles essentielles a grandement évolué. Ceci impacte nos pratiques d’utilisation dans un cadre privé comme professionnel.
L’aromathérapie médicale
Les huiles essentielles étaient jusqu’ alors surtout utilisées pour soigner les infections en tout genre.
De grosses doses, peu diluées, sur de courtes durées étaient préconisées pour une plus grande efficacité. Dans le cadre de l’aromathérapie médicale, les huiles essentielles visent à remplacer un médicament. Dans ce contexte, cette façon de faire est appropriée.

L’aromathérapie familiale
L’aromathérapie familiale s’est ensuite développée, notamment au travers des livres pour soigner les maux de l’hiver, le stress, les douleurs musculaires, les problèmes cutanés etc… Les huiles essentielles sont alors rentrées dans l’inconscient des adeptes du naturel comme « bonnes pour tout ».
Qui ne possède pas un flacon d’huile essentielle chez soi sans en connaître vraiment les propriétés et les modes d’utilisation mais parce qu’elle a été citée dans un article ?
Les huiles essentielles se sont malheureusement banalisées au rang de simple « sent bon ». On les retrouve dans des recettes pour des bougies ou dans les aspirateurs. On en oublie leur préciosité, leur efficacité dans les infections, les douleurs, l’inflammation entres autres.
L’aromathérapie clinique
Cependant, avec l’expansion d’une utilisation auprès des patients en structure et établissement, l’aromathérapie clinique connait un essor non négligeable en France.
L’expérience des pays anglosaxons auprès de leurs patients et leur approche pragmatique fondée sur les études cliniques ainsi que l’action émotionnelle et de confort des huiles essentielles, favorise une utilisation raisonnée mais néanmoins efficace des huiles essentielles.
L’ association française d’aromathérapie clinique a d’ailleurs été créée en 2023 (l’AFAC1) pour favoriser les échanges entre professionnels et donner à l’aromathérapie sa place dans la médecine intégrative et les médecines complémentaires.

Cette nouvelle utilisation basée sur les études cliniques, les études in vitro et les retours d’expérience entre professionnels, permet d’éviter les interactions médicamenteuses néfastes avec des dosages moindres et ainsi, éviter des mauvaises réactions du patient. Elle permet d’avancer vers une utilisation intelligente des huiles essentielles pour le confort de celui-ci.
Les préconisations du consensus d’experts sur les bonnes pratiques en milieu hospitalier paru en 20182 posent les recommandations et l’expertise de plusieurs corps de métiers de la santé ayant mis en application l’aromathérapie en établissement de soins. Une mise à jour est en cours d’élaboration.
La fondation Gattefossé3 œuvre également pour la mise en place de l’aromathérapie auprès des patients. Elle agit notamment en soutenant des porteurs de projets du milieu hospitalier proposant l’aromathérapie en soin complémentaire pour améliorer la qualité de vie de leurs patients.
En France et à l’international la mise en commun de retours d’expérience et de recherches lors de congrès permet de rencontrer les acteurs du milieu et d’actualiser ses connaissances.
Les réflexes à adopter en ce qui concerne les études cliniques

- Se référer le plus possible à une étude clinique ou un retour d’expérience plutôt qu’à une recette toute faite dans un livre pour un trouble à traiter comme l’anxiété.
Retrouvez les ressources dans notre article : Les huiles essentielles dans le soutien de l’anxiété, déprime… : études et ressources existantes. - Utiliser PubMed®4 pour effectuer vos recherches.
- Exercer un regard critique sur l’étude : étude sur des humains de préférence, groupe témoin, groupe contrôle, nombre de personnes dans l’étude, mode d’utilisation applicable à une utilisation normale des huiles essentielles.
- Continuer à se former, être au contact de nouvelles pratiques, de nouvelles découvertes, de nouveaux groupes comme ICAN5, des congrès comme Phyt’arom à Grasse.
Reflexe 2 : Relier l’aromathérapie clinique et l’aromathérapie psycho-émotionnelle pour personnaliser vos conseils
L’aromathérapie est multidimensionnelle
Il est évidement nécessaire de connaître les fondamentaux de l’aromathérapie scientifique, les contre-indications, les précautions d’utilisation, les propriétés des huiles essentielles. Cela permet d’acquérir des réflexes dans les bonnes pratiques et de conseiller de manière appropriée le mode d’utilisation et le dosage d’une huile essentielle.
Mais une autre dimension des huiles essentielles existe même si elle est souvent délaissée, car moins scientifique.
Pourtant la connaissance de l’aspect subtil des huiles essentielles dans leurs actions psycho-émotionnelles et énergétiques, permet d’accompagner d’autres besoins plus psychiques, voir spirituels que l’on rencontre chez les personnes traversant des moments de déprime, de perte de confiance, de pertes de repères, de sens, ou en fin de vie .
Savoir orienter ses conseils et soins avec les deux aspects des huiles essentielles, l’aspect « technique » scientifique et l’aspect olfactif subtil, permet d’accompagner les consultants et patients de manière globale tant sur un plan physique que psychique.
L’aspect oflactif subtil est d’autant plus intéressant qu’il n’y a pas d’interactions médicamenteuses et une action rapide sur les états d’anxiété.
En revanche proposer une huile essentielle en olfaction demande d’acquérir savoir être, savoir faire et une posture d’accompagnant.
En travaillant avec les huiles essentielles dans leur aspect subtil, issu du vivant, elles apparaissent comme des personnes à part entière, véhiculant une véritable sagesse et faisant partie intégrante de l’équipe de soins.

Réflexes à retenir pour une utilisation multidimentionnelle de l’aromathérapie
- Élargir ses conseils en aromathérapie en intégrant toutes les formes d’aromathérapie selon les besoins du patient-consultant.
- Savoir passer d’un conseil « anti-troubles » à une prise en charge globale et intégrative du patient-consultant.
- Connaître suffisamment bien les facettes psycho-émotionnelles des huiles essentielles en olfaction pour les proposer en olfaction en soins de confort.
- Travailler sa posture d’accompagnant, savoir-faire et savoir être pour proposer un accompagnement psycho-émotionnel.
Réflexe 3 : Accepter de ne pas tout savoir et remettre en cause ses certitudes
Les huiles essentielles : une complexité encore partiellement comprise
Avouons le, nous connaissons peu les interactions médicamenteuses avec les huiles essentielles.
Selon les voies d’administration utilisées, elles peuvent interagir sur l’absorption d’un médicament en cutané ou sur la métabolisation de celui-ci par voie orale.
Que se passe-t-il quand on associe plusieurs huiles essentielles ensemble en termes biochimiques ? On sait que ce n’est pas la simple addition de molécules actives. Mais parce que des synergies (potentialisation) ou quenching (désactivation) se créent.
Plus de 40000 études traitent des huiles essentielles mais beaucoup d’interrogations demeurent et la science ne peut pas tout expliquer.
On peut également abandonner ses certitudes lorsque l’on accompagne les personnes en olfactologie, tant les actions et réactions peuvent être différentes d’une personne à l’autre selon le vécu et les besoins du moment. Selon l’histoire de chacun, une huile aimée par l’un sera rejetée par un autre.
En olfactologie, une huile essentielle aussi douce soit elle peut révéler des émotions, des mémoires, des traumatismes enfouis que l’on ne s’attendait pas à voir surgir. Comme par exemple l’essence de bergamote, considérée comme l’huile de la joie, elle peut se transformer en véritable révélatrice d’une tristesse contenue.

Réflexes professionnels à retenir
- Rester à l’écoute de l’autre, ses mots, ses ressentis pour comprendre comment l’accompagner de la manière la plus juste.
- Éviter de plaquer ses propres certitudes sur les maux d’autrui par ce qu’on a lu ou appris ou parce que l’on projette sa propre histoire.
- S’ouvrir à un aspect multi-dimensionnel de l’huile essentielle et à sa sagesse et accepter de ne pas tout contrôler.
- Adapter sa pratique en fonction des réactions, de l’évolution des résultats.
Réflexe 4 : Pratiquer l’aromathérapie de manière vivante
La variabilité individuelle : un paramètre central en aromathérapie
Chaque individu est différent et ne peut être résumé à un symptôme ou une pathologie.
Prenons le cas des nausées par exemple. Une personne peut être soulagée par une huile essentielle digestive, typiquement la menthe poivrée ou une huile relaxante comme la lavande fine ou bien encore par une huile respiratoire comme l’eucalyptus radié. Certaines personnes seront écœurées par l’HE de menthe poivrée mais soulagée par l’HE de cardamome.
C’est d’autant plus vrai lorsque l’on accompagne les personnes avec l’approche olfacto-reliance des huiles essentielles et leur aspect subtil.
En olfactologie, on se rend rapidement compte que chaque individu a des préférences olfactives différentes selon le contexte, son vécu. C’est le principe de la bibliothèque à souvenirs enregistrée par cerveau limbique ainsi que le besoin éprouvé sur le moment. Cela peut génèrer des réactions très variées et parfois surprenante.
Lorsque l’on travaille en olfacto-reliance, la rencontre de la sagesse de la plante avec notre corps, nos pensées, nos émotions, produit une harmonisation profonde qui nous mène au cœur du vivant et de nous-même.
Réflexes à adopter
- Une pratique de l’aromathérapie personnalisée centrée sur le patient. Cela passe par la révision et la remise en question du choix de l’huile, du mode d’utilisation, des posologies durant son suivi.
- Une pratique olfactive personnelle régulière pour expérimenter sur soi l’action subtile des huiles essentielles.
- Compléter ses connaissances livresques avant de les proposer aux patients-consultants.
Réflexe 5 : Choisir les meilleures huiles essentielles
Les huiles essentielles (de bonne qualité) condensent l’expression du vivant
Les huiles essentielles sont reconnue pour véhiculer une certaine fréquence énergétique et vibration électrique.
Elles peuvent transmettre toutes leurs qualités subtiles et l’expression du vivant à partir du moment où elles sont de haute qualité.
Celle-ci est conditionnée par :
- la qualité de la plante avant distillation,
- le terroir sur lequel elle a poussé et de quelle manière,
- comment elle a été cueillie, dans quelles conditions, à quel moment de l’année, avec quel respect ?
- Comment a-t-elle été préparée pour la distillation, comment cette distillation a été faite, paramétrée, surveillée ? Qui l’a réalisée ?
Au-delà de l’analyse du chémotype, d’une étiquette complète et du label bio, les critères de qualité sont nombreux.

Le résultat se mesure de manière irréfutable au nez et à la reconnaissance d’un bouquet aromatique riche et complexe, du terroir et des propriétés subtiles de la plante.
Une huile essentielle de haute qualité, est la condition incontournable pour un travail avec les facettes subtiles, psycho-émotionnelles voir spirituelles de la plante.
Ce n’est pas nouveau, les petits producteurs permettent souvent de trouver des huiles de haute qualité et des plantes de leur terroir distillées sur place. Ces huiles essentielles offrent une relation à soi et la nature unique.
Les réflexes à adopter pour faire le bon choix d’huile essentielle
- Sélectionner les petits producteurs et les HE issues de leur terroir. Mais aussi les laboratoires et boutiques qui sélectionnent les petits producteurs et les démarches respectueuses du vivant.
- Visionner cette vidéo dans laquelle je vous présente mon aromathèque et les marques que j’’utilise.
- Rencontrer les plantes dans la nature ou par le biais des olfactions en reliance à la plante. Cela permet d’approfondir son lien avec une nature vivante et à voir ses flacons d’huile essentielle autrement.
Réflexe 6 : Adopter les éco-gestes dans l’utilisation des huiles essentielles
Quand la démocratisation met la production des huiles essentielles sous pression
La démocratisation des huiles essentielles nuit grandement aux ressources naturelles qui sont sur-exploitées.
Il est de notre responsabilité d’utiliser avec respect et conscience nos flacons d’huiles essentielles, qui nécessitent d’énorme quantité de plantes et d’énergie pour leur fabrication.
Avec un taux de croissance annuel du marché de 8 ,6 % par an de 2023 à 2027 sur les principaux pays industrialisés de l’hémisphère nord et en Asie-Pacifique6, il devient urgent de revoir notre utilisation et de changer notre regard sur les flacons d’huiles essentielles présents un peu partout.
Utilisons les huiles essentielles que nous achetons et peut être acheter moins d’huiles essentielles mais mieux.
Choisir des huiles essentielles issues d’une production respectueuse de la nature et des ressources nécessaires à leur production c’est respecter l’humain et la plante et l’écosystème dans lequel nous évoluons.

Réflexes à adopter pour une utilisation responsable des huiles essentielles
- Conserver ses huiles essentielles de manière à ce qu’elles s’oxydent le moins possibles. À l’abri de la lumière et de la chaleur, dans le bac à légumes en cas de canicule.
- Utiliser les huiles essentielles pour la prévention santé ou le soin. Mais éviter de dilapider ses flacons dans les produits ménagers.
- Utiliser des doses raisonnées et adaptées. Arrêter d’utiliser les huiles essentielles pures lorsque cela n’est pas nécessaire. Par exemple, traiter une ecchymose avec une dilution à 3% d’HE d’hélichryse italienne dans de l’huile végétale de macadamia sera tout aussi efficace qu’une application pure ou à 50%.
- Se fournir et aller à la rencontre des petits producteurs.
En conclusion
Vous accompagnez des consultants et patients en cabinet ou en établissement de soin ?
Ces six réflexes vous aideront à faire évoluer votre pratique avec plus de justesse, de sécurité et de cohérence.
Ils constituent un socle pour avancer dans le respect du vivant, de vous-même et des personnes que vous suivez :
Vous souhaitez approfondir ces dimensions ?
Je serai heureuse de vous accueillir dans l’un des programmes professionnalisants Vocation Aroma (certifiés Qualiopi).
- https://www.asso-afac.fr/ ↩︎
- https://www.fondation-gattefosse.org/infotheque/aromatherapie-scientifique-preconisations-pour-la-pratique-clinique-lenseignement-et-la-recherche/ ↩︎
- https://www.fondation-gattefosse.org/notre-ambition/ ↩︎
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/ ↩︎
- https://clinicalaromatherapynetwork.com/ ↩︎
- source : https://www.mordorintelligence.com/fr/industry-reports/essential-oils-market ↩︎




